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Isabelle Tissier

« Ce tracé d'avant la lettre

je n'en finirai pas d'y voir

ce qu'aucun regard

serait-il le mien n'y verra jamais. »

Fernand Deligny

C'est sous les pas que se forme le chemin.

 

Trouver la surface.

 

Truelles et spatules et tout ce qui est à portée de main en guise d'outils.

 

Une peinture-palimpseste où s’intègre et s'organise l'inscription de gestes, de formes et sensations.

 

Figures, visages, images spéculaires s'érigent droit devant, une peinture qui fait face.

 

Une peinture-geste qui incise. Une incision qui suture plus qu'elle ne coupe. Suture les espaces, d'affrontement et de conquête, où l'étrange en nous peut apparaître réel comme sont les choses réelles. 

 

Peinture-palimpseste, qui rend compte. Lieu d'apparitions, de reconnaissance ou simplement de connaissance, car il s'agit là encore de continuer à naître avec. 

L’absence est une empreinte. 

Dans la geôle compter les jours, bâton après bâton, sur les murs. 

Elle est la preuve d’un passage.

Il y a eu quelqu’un. 

Quand il n’y aura plus personne il ne faudra pas oublier qu’il y a eu. Quelqu’un. 

Dans nos ruines, dans les lieux désaffectés, déshabités, les lieux de notre désertion, ceux de notre défaite, savoir qu’il demeure un corps. 

Le corps de celle qui peint. 

La peinture sera notre dernier asile. 

Quand nous n’aurons plus de terre. Aucun territoire.

Lorsque les dépeupleurs auront achevé leur ouvrage. 

Il restera. La matière. La poussière le pigment. Farine et plâtre. 

Les coulures brûlures, pyromaniaques à bout de souffle.

Etat d’urgence et qui respire encore. 

Suie cendre. Salpêtre. 

La peinture est primale. 

Abimée aussi au bord de l’abîme. 

Elle est un recours. Elle est une voix. Un silence. 

Elle est le tout dernier, tout premier. Mot.

Verticale elle nous dit qu’il nous faudra tenir debout.

Sandrine Bourguignon